Les jeunes socialistes comme mouvement d'éducation populaire : La Marche des fiertés
15 juin 2019
Pendant les mois de juin et d’août s’organisent, chaque année et partout à travers le monde, des « marches des fiertés ». C’est l’occasion pour les individus LGBTQ+ (et toutes autres personnes les soutenant) de faire corps pour avoir une plus grande visibilité et revendiquer ainsi la liberté et l’égalité des orientations sexuelles et des identités de genre.
Ces marches, coordonnées par l’Inter Pride, association basée à Boston, existent depuis une cinquantaine d’année. Ce sont les émeutes de Stonewall qui marquent un tournant pour les revendications LGBT : le 28 juin 1969, des policiers de la ville de New York (USA) organisent une descente – phénomène courant pour l’époque - dans le bar gay du Stonewall Inn. Celle-ci a lieu à peine quelques jours après le décès de l’actrice Judy Garland, figure emblématique des mouvements homosexuels, et dans des conditions sortant du cadre habituel des visites nocturnes de la police ; les forces de l’ordre se confrontent alors à une foule en colère qui essaye de repousser son raid. L’altercation durera la nuit entière et opposera finalement une foule de 2 000 personnes à 400 policiers (appuyées par de forces anti-émeutes, réservées habituellement à la lutte contre les opposants à la guerre du Viêt Nam). Tout au long de la semaine suivante, le quartier de Greenwich village dans lequel se situe le bar se mobilise et fait face pour la première fois aux forces policières.
A l’origine, les marches célèbrent l’anniversaire de ces évènements, avec la Christopher Street Celebration, organisée le 28 juin 1970 par la bisexuelle Brenda Howard, et par d’autres mobilisations, se déroulant en parallèle à San Francisco et Los Angeles, deux autres villes parmi les plus importantes des Etats-Unis. Elles prennent pour la plupart le nom de « marches des fiertés », terme qui réunit l’ensemble des minorités sexuelles.
En Europe, c’est le 29 avril 1972 qu’à lieu la première marche, qui réunissait environ 200 personnes à Munich (Allemagne).
En France, dès 1971, les membres du Front d’Action Révolutionnaire rejoignent les défilés des syndicats du 1er mai pour porter leurs convictions. La première manifestation exclusivement homosexuelle a lieu le 25 Juin 1977, plus de cinq en plus tard, largement encouragée par l’appel du mouvement de libération des femmes (M.L.F). On considère communément que la première marche des fiertés a eu lieu en France le 04 avril 1981 ; elle réunissait environ 10 000 personnes à Paris et sera suivie, quelques mois plus tard, de la dépénalisation de l’homosexualité. Le 17 mai 1990, l’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S) retire l’homosexualité de la liste des maladies mentales.
Les défilés permettent aux individus de revendiquer avec fierté leur volonté d’aboutir à l’égalité des droits et à celui d’aimer librement. Dans les villes où la communauté LGBTQ+ se mobilise le plus, les défilés peuvent même prendre la forme de festivals où s’organisent plusieurs jours de concerts, de marches, avec des stands de nourritures et des buvettes à disposition (avant l’expression plus générale de « marche des fiertés », on différenciait la « Parade », désignant uniquement le moment du défilé, de la Gaypride dans son ensemble). Ces festivités servent à lutter contre les actes homophobes et permettent de rappeler les chiffres du nombre de victimes recensées et estimées, des chiffres qui justifient que ces marches aient encore lieu alors que les revendications semblent acquises. De ce fait, plusieurs instants sont dédiés aux victimes dans les manifestations à travers les minutes de silence.
Les manifestations sont aussi l’occasion pour les associations pro-LGBT, pour celles d’aides aux victimes et celles de lutte contre le SIDA de gagner en visibilité, d’organiser des actions de sensibilisation et de recruter de nouveaux membres.
Finalement, on comprend la nécessité pour des minorités de se réunir afin d’exprimer d’une voix commune leurs revendications et rappeler leur existence dans une société hétéronormée, majoritairement masculine et sexualisée, où les médias habituels ont tendance à atténuer, voire taire, leur présence et/ou caricaturer leurs comportements. L’association SOS-Homophobie publie annuellement une enquête sur les actes transphobes et homophobes en France et remarque depuis 2016 une augmentation des actes haineux anti-LGBT ; ainsi, l’organisation recense en 2017 une hausse de 19,5 points de pourcentages de témoignages de LGBTphobies, suivie encore d’une augmentation de 4,8 points en 2018, ainsi que 15 % d’agressions physiques en plus en 2017 et le double de témoignages transphobes entre l’année 2016 et 2017 (Remarque : ces chiffres augmentent en même temps que la capacité des personnes concernées à parler des actes qu’elles subissent, mais cela n’empêche pas le fait que l’association estime que les agressions se font réellement plus nombreuses, sur l’ensemble des minorités). Ce constat démontre que les marches sont encore primordiales dans nos sociétés pour tendre vers une communauté où les personnes LGBTQ+ n’ont plus à craindre pour leur sécurité ou celle de leur famille.
Si certaines personnes reprochent aux défilés d’être trop « exagérées et « obscènes » - pensées qui se consolident justement par le manque de visibilité des minorités sexuelles –, la présence d’individus avec des comportements particuliers prend tout son sens au regard du passé historique de la construction des marches des fiertés, lorsque le bar du Stonwall Inn accueillait 50 ans plus tôt les personnes les plus marginalisées dans la communauté LGBT et lorsque que dans les années 1970, d’autres personnes protestèrent ensembles de manière pacifique, en réponse aux violences institutionnalisées qu’elles subissaient.
Florent Maestre Secrétaire général des jeunes socialistes de l'Aude